Depuis que j’ai vendu mon local, j’ai changé quelques habitudes. Je n’ai plus mon atelier à disposition et, désormais, j’organise mes ateliers de fabrication de baskets au Musée de la Chaussure de Romans-sur-Isère, dans le cadre d’un partenariat. J’en anime un par mois.
C’est plutôt chouette, mais cela demande un peu d’organisation. Avant, j’avais tout mon matériel sur place. Si j’avais oublié quelque chose, je pouvais toujours aller le chercher dans mon atelier. Maintenant, je dois tout emporter : les semelles, les cuirs, les fils, les aiguilles, les outils… et les patronages dans toutes les pointures !
Bref, quand je pars au musée, je n’ai pas vraiment le droit à l’oubli.
Un samedi qui commence plutôt bien… ou presque !
Vendredi, j’avais pas mal de comptabilité en retard. Je me suis donc concentrée sur mes comptes et j’ai complètement oublié que j’avais un atelier le lendemain !
Bon, rien de dramatique. J’avais tout de même le temps de préparer mon matériel. En revanche, j’avais oublié de rappeler au musée que je venais, pour que le technicien installe les tables et les chaises dans la salle.
Le samedi matin, comme j’habite juste à côté du musée, je décide de passer vérifier que tout est prêt.
Je croise l’agent d’accueil, que je connais bien, et je lui dis :
« Tu sais, cet après-midi, j’ai un atelier. Je ne sais pas si tu te souviens… Mais j’ai vu que les tables étaient installées, donc c’est tout bon ! Je reviens cet après-midi. À tout à l’heure ! »
Je rentre chez moi terminer mes préparatifs, plutôt rassurée.
Quand je reviens l’après-midi, l’agent d’accueil m’apprend que le technicien est passé ajouter des chaises. Parce qu’en fait, les tables que j’avais vues le matin étaient peut-être prévues pour un autre événement !
Finalement, j’ai bien fait de passer vérifier. Comme quoi, parfois, un petit oubli peut se rattraper assez facilement.
Le patronage en pointure 43 : disparu !
Me voilà donc partie avec mon petit chariot, car le parking se trouve à environ 500 mètres du musée. J’avais demandé aux participants leur pointure à l’avance et j’avais préparé les semelles, les cuirs et tout le matériel nécessaire.
Je sors mon classeur de patronages, dans lequel je range les gabarits correspondant à chaque pointure.
Et là, surprise : il me manque le 43 !
J’ai toutes les autres pointures, mais pas celle-là. Évidemment, il fallait que ce soit précisément celle dont j’avais besoin.
Heureusement, j’avais emporté une paire de chaussures en 43 pour que le participant puisse essayer son modèle. Je regarde ce que j’ai sous la main : le patronage de la languette est là, mais il me manque la partie arrière de la chaussure.
Comment faire ?
Je commence à installer les participants et à leur expliquer les premières étapes, tout en réfléchissant à une solution. Finalement, je prends la chaussure en 43 que j’avais apportée et je la découds pour récupérer la pièce de cuir. Je peux ainsi m’en servir comme modèle et reconstituer le patronage sur une feuille.
Et voilà ! Problème résolu. Le participant peut continuer la fabrication de sa chaussure.
Je suis plutôt contente de moi. Il y a quelques années, je me serais probablement un peu plus reproché cet oubli. Je me serais dit que j’aurais dû vérifier, que j’aurais pu mieux préparer mon matériel…
Mais finalement, j’avais anticipé beaucoup de choses et, cette fois, j’avais trouvé une solution.
Bon, pour la petite histoire, j’ai découvert après coup que le fameux patronage en 43 était bien là depuis le début. Il avait simplement été mal rangé dans le compartiment des pointures 36 !
À la fin d’un atelier, quand il faut tout ranger rapidement, il m’arrive de rassembler les pièces un peu vite. Et voilà comment un patronage se retrouve au mauvais endroit.
Au moins, maintenant, je sais où chercher si cela se reproduit !
Et puis, un car de visiteurs débarque…
Pendant l’atelier, j’aperçois par la fenêtre un groupe de personnes qui vient visiter le musée. Ils sont nombreux, peut-être une cinquantaine, et viennent d’arriver en car.
J’aime bien faire découvrir mon métier et expliquer comment on fabrique une chaussure. Je leur propose donc de venir voir ce qui se passe dans la salle.
Ils sont ravis !
Sauf que je me retrouve rapidement avec une trentaine de personnes supplémentaires dans mon atelier. Autant dire que l’ambiance change un peu.
Je continue à accompagner Andy, Selva et Sylvie, les trois participants du jour. Andy et Selva viennent de Grenoble, ils sont en couple, et Sylvie vient de Malissard. Tous les trois sont venus fabriquer leur propre paire de baskets.
Avec tout ce petit monde autour, je suis forcément un peu moins disponible pour les participants.
Et justement, à un moment, sur l’une des chaussures, il y a une erreur. Cela arrive régulièrement dans un atelier : on se trompe, on doit découdre et recommencer. Rien de grave, mais cela prend du temps.
Il faut donc s’adapter une nouvelle fois.
Heureusement, Andy et Selva ont bien avancé sur leurs chaussures. Andy n’a pas tout à fait terminé, alors je lui laisse du fil et des aiguilles pour qu’il puisse finir les quelques coutures manquantes chez lui.
Tout le monde est content de son après-midi, et c’est bien là l’essentiel !
Ah oui, et le musée ferme plus tôt !
Comme si cela ne suffisait pas, j’apprends aussi en arrivant que le musée ferme désormais à 17 h 30, au lieu de 18 h. On m’avait bien prévenue que les horaires changeaient en hiver, mais dans ma tête, nous n’y étions pas encore !
J’avais heureusement prévenu les participants que l’atelier se terminerait à 17 h 30. Il fallait simplement que j’anticipe un peu plus le rangement pour avoir le temps de tout remballer avant la fermeture.
Finalement, j’y suis arrivée. Mais, comme souvent dans ces moments-là, j’ai rangé un peu vite. Et c’est probablement comme ça que mon patronage en 43 s’est retrouvé dans les pointures 36.
La prochaine fois, je saurai !
Douze ans d’entrepreneuriat, ça sert quand même !
En repensant à cette journée, je me suis dit que c’était assez représentatif de la vie d’entrepreneure.
On prépare, on anticipe, on essaie de penser à tout… et puis il y a toujours un imprévu. Un oubli, une erreur, un changement de programme ou une situation qu’on n’avait pas imaginée.
Quand je me suis lancée, j’avais parfois du mal à accepter ces moments-là. J’avais tendance à me reprocher de ne pas avoir pensé à tout, comme si je devais forcément tout maîtriser.
Aujourd’hui, je m’aperçois que j’arrive davantage à prendre les choses comme elles viennent et à chercher des solutions. Je ne suis pas devenue infaillible, loin de là ! Mais douze ans d’entrepreneuriat m’ont quand même appris quelques trucs.
Cela me fait penser à la théorie de l’effectuation, que l’on rencontre dans le monde de l’entrepreneuriat. En gros, l’idée est de partir de ce qu’on a sous la main, de faire avec les moyens disponibles et de s’adapter aux circonstances plutôt que de vouloir tout prévoir.
Finalement, ce samedi-là, je n’avais pas mon patronage en 43, mais j’avais une chaussure, un morceau de cuir, une feuille de papier et un peu d’expérience.
Et ça a suffi !
Je ne sais pas si c’est cela, prendre de l’expérience, mais je trouve plutôt agréable de constater qu’on peut parfois gérer les imprévus avec un peu plus de recul qu’avant.
Et vous, comment réagissez-vous quand les choses ne se passent pas exactement comme prévu ? Est-ce que vous arrivez à improviser ou avez-vous tendance à vous reprocher de ne pas avoir tout anticipé ?








