Le 12 septembre dernier, j’ai vécu une petite première avec Milémil : mon premier atelier de fabrication de chaussures… sans mon atelier !
En juillet, j’ai vendu mon local. Après plusieurs années à y fabriquer, stocker mes cuirs, mes outils, mes machines et tout ce qui fait mon univers, il fallait maintenant imaginer une autre façon de proposer mes ateliers.
Et c’est justement ce que je suis en train de construire avec le Musée de la Chaussure de Romans-sur-Isère : transformer mon atelier fixe en atelier mobile.

Sur le papier, cela paraît assez simple. En réalité, quand on a l’habitude d’avoir trois garages remplis de matériel à portée de main, c’est une autre histoire !
Un atelier dans une charrette!…
Pour ce premier atelier au musée, j’ai donc dû anticiper.
J’ai préparé et coupé une partie des cuirs à l’avance, sélectionné les outils indispensables et chargé tout cela dans… ma charrette accrochée à mon vélo.
Direction le Musée de la Chaussure pour quatre heures d’atelier, de 13h30 à 17h30.
J’avais deux participantes : Verena et Hélène.
Et Verena allait me réserver une petite surprise…
Quand on ne fabrique pas une chaussure à partir de zéro

Verena est arrivée avec une ancienne paire de chaussures qu’elle souhaitait réutiliser.
L’idée était donc de repartir de cette chaussure pour en créer une nouvelle.
J’ai tout de suite compris que cela allait être un peu différent de mes ateliers habituels.

Dans un atelier classique, j’ai mon matériel, mes différents cuirs, mes patrons, mes outils… et surtout, si j’ai besoin de quelque chose, je peux aller le chercher dans mes stocks.
Là, tout ce que j’avais était dans mon petit atelier mobile.
J’ai donc demandé à Verena si elle était vraiment sûre de vouloir tenter l’expérience, car nous risquions d’abîmer sa chaussure.
Et puis, très honnêtement, je ne savais pas encore exactement de quoi j’allais avoir besoin !
Au début, j’ai même eu un petit moment de panique en réalisant que je n’avais pas pris de règle…
Heureusement, je me suis adaptée.
J’ai retrouvé un stylo, de la colle… finalement, mon petit atelier mobile contenait beaucoup plus de choses que je ne le pensais ! Et, j’ai improvisé une regle avec la tranche d’un tapis de découpe du cuir!… Parfait!
J’ai vérifié que le patronage pouvait fonctionner avec la chaussure existante et que les proportions étaient suffisamment proches.
Et nous nous sommes lancées.
- Moi : « attention Verena, là on va commencer par découper tes anciennes chaussures, ça peu rater… t’es sure, on y va? »
- « oui!! »

Un peu d’improvisation… et beaucoup de créativité
Nous avons commencé par réaliser un premier pied.

J’avais prévenu Verena : nous allions tester et voir ce que cela donnait. Si vraiment cela ne fonctionnait pas, elle pourrait réaliser une deuxième chaussure dans un cuir plus traditionnel et terminer tranquillement son projet chez elle.
Mais finalement, tout s’est très bien passé.
Nous avons conservé le textile de sa chaussure d’origine à l’arrière ainsi que la languette, et nous avons ajouté un cuir fuchsia sur l’avant.

Comme le patronage était un peu juste, j’ai dû m’adapter en cours de route. J’ai notamment ajouté davantage de couture que sur mes modèles habituels et quelques petits points d’arrêt supplémentaires.

Et finalement, ces détails ont donné beaucoup de caractère à la chaussure.

Le résultat était vraiment joli.
Mais surtout, j’ai découvert que cette paire de chaussures avait une histoire particulière pour Verena.
C’était un cadeau de son papa, reçu avant qu’il ne tombe malade.
Tout à coup, cette chaussure n’était plus simplement une vieille paire que l’on allait transformer.
Elle avait une histoire.
Et je crois que c’est aussi cela que j’aime dans ces ateliers : on ne fabrique pas seulement un objet. On fabrique quelque chose qui va prendre une place particulière dans la vie de la personne qui le crée.
Verena était enchantée du résultat, et moi aussi !

Pas mal, non?

Hélène, une vraie couturière dans l’âme
Pendant ce temps, Hélène s’est lancée dans la fabrication de sa propre paire.
Et là aussi, j’ai rapidement senti qu’elle avait l’habitude de coudre et une vraie appétence pour le travail manuel.

Elle s’est débrouillée comme une cheffe !
Elle a choisi de réaliser une paire de chaussures bleues, assez classiques au premier regard, mais avec sa petite touche personnelle.

Elle a ajouté des points d’arrêt fuchsia et trois petits points d’arrêt fuchsia, accompagnés d’un point d’arrêt bleu.
Des petits détails qui changent tout et donnent à la chaussure sa personnalité.
C’est aussi ce que j’aime dans mes ateliers : partir d’une même base et voir apparaître deux chaussures complètement différentes, parce que chacune est à l’image de la personne qui la fabrique.

Mon premier atelier mobile
Cette première expérience au Musée de la Chaussure était donc un vrai challenge pour moi.
Il fallait apprendre à travailler autrement, avec moins de matériel, anticiper davantage, transporter mon atelier et surtout… accepter de ne pas avoir tout sous la main !
Mais finalement, c’est peut-être aussi cela, un atelier mobile : savoir s’adapter, faire avec ce que l’on a et laisser une petite place à l’improvisation.
Et cette première expérience m’a rassurée.
Oui, c’est possible de fabriquer des chaussures ailleurs que dans mon ancien atelier.
Oui, je peux transporter l’essentiel dans quelques caisses et une charrette.
Et oui, je peux continuer à transmettre le plaisir de fabriquer ses propres chaussures, même sans avoir un atelier fixe.
Le 12 septembre, au Musée de la Chaussure, Verena et Hélène ont donc été mes premières testeuses de cette nouvelle formule.
Et je crois que l’on peut dire que le premier pas est réussi !
La suite s’écrira désormais avec Milémil… en mouvement.








